Home Touche Locale Le séga: d’une naissance difficile à un rayonnement national

Le séga: d’une naissance difficile à un rayonnement national

par Noor Sheriff

Le séga: d’une naissance difficile à un rayonnement national

La musique est certainement la production culturelle la plus accessible à Maurice. Il ne se passe pas une semaine sans un concert ou un lancement d’album de musique. Dans les autobus, les supermarchés, les magasins, les maisons, la musique, essentiellement le séga, accompagne le quotidien des Mauriciens.

Une diversité musicale issue de l’histoire du peuplement de l’île Maurice.

Etant un pays qui a connu différentes vagues de migrations, Maurice a hérité d’une diversité culturelle et musicale. Le pays possède une variété impressionnante de styles musicaux ; du ghazal au séga tipik en passant par la musique carnatique – c’est ce qui donne aujourd’hui une scène musicale riche.

Le séga, l’acte de naissance de la culture mauricienne.

Mais s’il y a une musique qui rassemble tous les Mauriciens, c’est bien le séga. C’est la vitrine du pays en matière de musique. Les premières informations concernant le séga nous parviennent à travers les récits de voyageurs des 18e et 19e siècles.

Ils décrivent une musique qui rassemble la population servile : les mouvements de la danse sont lascifs, les paroles de quelques phrases sont en langue créole, les instruments sont la ravanne, la maravanne, le triangle et le bobre…

Le séga comme pratique musicale a ainsi trois composantes : le chant, la danse et la langue. C’est à travers le séga que les esclaves racontaient leurs joies, leurs peines et leurs espoirs.

Source: MTPA

Un réveil à l’aube de l’indépendance de l’île Maurice.

Après l’abolition de l’esclavage en 1835, le séga traditionnel est conditionné dans les arrière-cours. Les affranchis quittent les camps sucriers et s’installent, pour la plupart, sur les côtes. Cette tradition musicale se perpétue donc au sein des familles, dans une sorte de clandestinité, tout comme les instruments de musique qui l’accompagnent.

Ce n’est qu’à la fin des années 50 que nous entendons de nouveau ce rythme si particulier. Avec des chanteurs, tels Serge Lebrasse ou encore Jacques Cantin, nous retrouvons un séga joué dans des bals ou encore des fancy-fairs (fêtes foraines) et avec des instruments de musique occidentaux : la batterie a remplacé la ravanne et la guitare électrique a fait son entrée sur scène.

On est dès lors entré dans l’ère du ‘sega salon’. Epoque bénie car c’est l’époque de la large accessibilité à la radio et aussi du pressage de vinyl (45 tours). Tout Maurice danse sur Madame Eugène de Serge Lebrasse.

La Nuit du Séga : un événement phare.

Au courant des années 60, dans un réseau assez restreint, s’organisent des ‘sware sega’ (soirées séga). Le séga traditionnel ou tipik se transmet de père en fils. Nous connaissons aujourd’hui des familles comme les Cassambo de Petite Rivière qui est réputée dans la région pour ses soirées ou encore Nelzir Ventre, griot qui allait de village en village pour animer ces ‘sware sega’.

Le sega tipik n’était pas diffusé pas à la radio et en octobre 1964, au pied de la montagne du Morne, il retrouve une visibilité avec l’organisation de la Nuit du Séga. Lors de cet événement, nous assistons à la performance du sega tipik sur une scène.

C’est aussi lors de cette Nuit du Séga que tout Maurice découvre un ségatier qui est devenu le symbole de cette musique, Ti Frer. Né en 1900 dans le district de Moka, au cœur de l’île, sa voix éraillée et la teneur des paroles envoûtent le public. Dès lors, le sega tipik retrouve sa place dans le paysage musical mauricien !

Le séga, la matrice des autres formes musicales.

Ce séga traditionnel est la matrice des autres formes que prennent la musique mauricienne au lendemain de l’accession à l’indépendance de l’île, en 1968. Il y a un désir de renouveau, tant dans le domaine économique que culturel.

Dans ces années de ‘braise’ politique, le séga est revalorisé et devient avec la langue créole un élément déterminant dans la construction d’une nation. L’engagement politique affiché dans ces ségas lui confère l’étiquette de ‘séga engagé’. Outre les messages politiques véhiculés, les productions révèlent une richesse musicale et poétique.

Si l’Afrique a gardé une place privilégiée dans le séga, d’autres cultures l’ont marqué de leur empreinte. C’est ainsi que le séga engagé s’est enrichi de l’apport d’instruments orientaux tels le tabla et le sitar et de ces différents mélanges est née une création originale.

Source: Luxury Mauritius

Le séga tipik de l’île Maurice : patrimoine mondial de l’UNESCO.

220px-World_Heritage_Logo_global.svg

Aujourd’hui, nous pouvons dire que la vitalité de la scène musicale mauricienne est issue de cette richesse culturelle dans laquelle baigne le pays. L’île étant un espace de rencontre et d’osmose de populations venant de différents continents, les structures musicales s’imprègnent de ce grand brassage des cultures.

Aussi, la mondialisation culturelle a ouvert le champ des possibles avec le seggae, le séga jazz, le séga blues ou encore le sagaï, inventé par un des chantres du séga, Menwar.

Quoi qu’il en soit, le séga tipik se trouve au cœur de ce foisonnement de styles. D’ailleurs, c’est le séga tipik qui a été, en 2014, inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Depuis, il y a un retour vers ce séga ‘unplugged’, joué en bord de mer ou sur scène.

Source: Bambou Restaurant

Dans chaque veine de Mauricien bat la mesure du séga…

Lire aussi sur le blog

Articles similaires

Leave a Comment

WordPress Ads